L’industrie allemande réclame des réformes

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Par Cécile Calla

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L’économie allemande salue globalement le plan d’investissement spectaculaire, mais demande également des réformes ambitieuses.
L'industrie allemande réclame des réformes

© DIW Berlin 2025
Selon les calculs du DIW, une augmentation des investissements publics de 500 milliards d’euros aurait pour conséquence que la performance économique serait, au cours des dix prochaines années, supérieure de plus de deux pour cent par an en moyenne à ce qu’elle aurait été sans le paquet. Après dix ans, le produit intérieur brut serait toujours nettement plus élevé que sans les dépenses supplémentaires.

Face au virage à 180 degrés opéré par le chrétien-démocrate Friedrich Merz, très probable futur chancelier allemand, les milieux économiques affichent un optimisme circonspect. De ce paquet XXL qu’ont fait adopter les unions chrétiennes CDU CSU avec leur futur partenaire de coalition, les sociaux-démocrates, et l’appui des Verts le 18 mars au Bundestag, ils en espèrent une relance de la croissance en berne depuis deux ans. Ce texte salué par les officiels français assouplit le « frein à la dette », un dispositif constitutionnel restreignant le recours au déficit, afin de permettre au futur gouvernement de mobiliser des moyens financiers considérables pour se réarmer et investir dans des infrastructures trop longtemps négligées. Le DIW, institut de recherches économiques à Berlin a calculé qu’il pourrait permettre au PIB allemand d’augmenter de 1 % en 2026 puis de 2 % par an au cours des 10 prochaines années. Mais pour les experts et représentants des fédérations patronales, le verre ne sera qu’à moitié plein en l’absence de vastes réformes. « Il manque encore un concept global et une orientation pour la mise en place du tournant économique », a commenté la fédération de l’industrie allemande (BDI), à l’issue des discussions exploratoires entre les unions chrétiennes CDU-CSU et les sociaux-démocrates du SPD pour préparer les négociations de coalition.

Choc supplémentaire

«Pour que les investissements privés reprennent, notre économie a besoin d’un train de réformes au moins aussi ambitieux que le paquet financier qui a été adopté », a renchéri Peter Adrian, le président de la chambre de commerce et d’industrie DIHK.

La fédération a présenté une liste de 12 mesures à mettre en place les 100 premiers jours pour faciliter le retour de la croissance.
Parmi elles, des amortissements fiscaux plus rapides, l’abrogation de la loi allemande sur les chaînes d’approvisionnement et une limitation des obligations de déclaration pour réduire les procédures administratives.

Déjà bouleversée dans ses fondements, l’économie allemande doit affronter d’autres difficultés : la pénurie de main-d’œuvre déjà perceptible dans de nombreux secteurs risque de s’aggraver et les taux d’intérêt pourraient remonter. La taxation à 25 % des importations automobiles décidée le 26 mars par le président américain Donald Trump est un choc supplémentaire. Cette mesure va toucher de plein fouet le secteur automobile déjà en proie à la crise, de nombreux plans de licenciements et fermetures d’usines avaient défrayé la chronique ces derniers mois. Avec 13,1 %, les États-Unis représentent le premier marché d’exportation pour les constructeurs automobiles devant la Grande-Bretagne (11,3 %) et la France (7,4 %).

L’institut IFO et l’OCDE ont d’ores et déjà revu les pronostics de croissance à la baisse pour cette année, respectivement 0,2 % et 0,4 %. Selon ces experts l’embellie est seulement prévue pour 2026. Le nouveau gouvernement de coalition qui devrait être en place avant la fin du mois d’avril devra parler le langage de vérité. Car tous ces changements nécessiteront une contribution de chacun. « La suppression d’un jour férié serait un bon signal », a ainsi estimé le quotidien Süddeutsche Zeitung.

« Il manque encore un concept global et une orientation pour la mise en place du tournant économique ».